Critique presse

Le 22/06/2017

Doit-on considérer la réinsertion de prisonniers dans notre société comme un élément fondamental ? « A l’air libre », documentaire de Samuel Gautier et Nicolas Ferran, va-nous aider à y voir plus clair. Sujet tendancieux en ces temps incertains où la peur de "l'autre" refait surface dans notre quotidien, rappelant ainsi les sombres époques de la « terreur ». Démarrant dans le silence matinal d’une ferme, la brume laissant place aux couleurs, la sensation d’une cellule qui s’ouvre sur un monde de transition s’immisce déjà en nous. Le silence oppressant, en deçà du discours des protagonistes, devient rapidement cinglant. C’est avant tout d’une réintégration avec soi-même dont il est question, d’une espèce de remise en forme avec les autres et l’extérieur, un « extérieur » qui fait peur car celui-ci n’est en fait qu’un sas vers une réalité douloureuse où les mots « exclusion » et « isolement » vont prendre toutes leurs significations.

Un apprentissage de la vie par le contact de la faune et la flore, par un travail productif, élément essentiel qui permet de croire encore à sa contribution au seing de la société mais surtout prépondérant pour retrouver fierté et visage humain. L’auto remise en question des prisonniers dans des discours non tronqués, suivi par une caméra qui sait rester discrète, s’apparente souvent à une psychanalyse tout à fait édifiante, il est intéressant de voir ces prisonniers pérorer sur les conditions de vie carcérale, de porter un jugement sur les détenus plus jeunes et trouver des solutions quant aux méthodes d'une réinsertion sociale.

"Une réflexion en prison, une évasion « A l’air libre »".

Une vision disloquée de l’autre côté du « mur ». Ce regain de liberté retrouvé, laisse la part belle aux tirades sur l’allègement de peines. Oscillant entre remords et erreurs avouées, le but inavoué (car souvent inaccessible) est de retrouver un projet d’avenir. La confiance en soi devient finalement minime aux dépens du regard des autres, qui est bien plus important, voire capital. Le plus difficile vient sans doute de pouvoir mettre sur un pied d’égalité faiblesse et force, obéir et diriger et bien d’autres antonymes dans une parité parfaite, autant d’entités encore fragiles dans des corps formatés à la dureté.

Certains pourront y voir une instrumentalisation de la caméra à des fins pros détenus, un exutoire inespéré pour se faire entendre dans un contexte difficile, mais il n’en est rien, l’intérêt réside surtout sur les valeurs perdues que certains espèrent récupérer, sur l’exaltation à s’ouvrir sur sa jeunesse, parlant de sa mère, son père, loin des clichés et stéréotypes de l’enfance battu , non , « A l’air libre » essaye de renouer avec les «sens » perdus, c’est une ouverture d’esprit sur un monde que l’on ne (veut pas connaître) connait pas. Ils existe, heureusement, de par ce monde encore des personnes qui, avec certitude, croient que le bien ne disparait pas toujours totalement de nous, que malgré nos fautes et erreurs de parcours, on peut ressusciter cette portion d’humanité qui fait de nous, des "Hommes".

Christian

Source : CINE PANORAMIX