Critique presse

Le 21/04/2018

Le documentaire « À l’air Libre » sur la ferme de Moyembrie a été projeté au cinéma l’Ermitage. Salves d’applaudissement, en fin de séance...

Le jour se lève sur la ferme de Moyembrie. Des moineaux se posent sur un grillage. Les chèvres rejoignent leur enclos. La journée des détenus en fin de peine commence ainsi, d’après le documentaire « À l’air Libre ». Justement, librement. « Ici, j’en oublie mon numéro d’écrou », remarque Jean-Luc. « Si des lieux comme celui-ci coûte moins cher que la prison, pourquoi la prison existe-t-elle ? C’est une logique financière qui m’échappe. Enfin, on va dire ça » , sourit Daniel, autre détenu. D’autres témoignages rythment encore le documentaire de Samuel Gautier, sur la ferme de Moyembrie et présenté mardi soir au cinéma l’Ermitage. Tous viendront au final tenter de persuader le spectateur que la ferme de Moyembrie, expérience unique en France au pied de Coucy-le-Château, est une utopie concrète, un rêve devenu réalité.

« C’est un lieu magique », témoigne une bénévole. La présidente de l’association, Anne-Marie Pery, explique dans le film : « J’ai travaillé 18 ans en prison. Je croyais tout savoir. Et puis, je suis arrivée à la ferme de Moyembrie. Et je me suis rendu compte que je ne savais rien. »

Dans ce documentaire où la langue de bois n’a pas sa place, on donne et c’est rare, la parole aux détenus. Des détenus, mais des êtres humains avant tout qui ont pour projet de se reconstruire. « Se reconstruire, ce n’est pas seulement trouver un logement ou un travail. C’est aussi réapprendre à être responsable. » Ancien salarié de l’Observatoire International des Prisons, Samuel Gautier sait de quoi il parle. Il a vu l’endroit et l’envers du décor. « Lorsque j’ai mis les pieds à Moyembrie, je devais y passer une semaine. J’ai fini par y rester deux ans. »

L’homme a vécu comme les détenus, a travaillé comme eux, déjeuner avec eux. Et décidé d’en faire un film pour donner la parole à ceux qui font la ferme. « Je veux que les détenus sachent que la ferme fonctionne grâce à eux, à leur travail. », témoigne dans le film Simon, encadrant maraîcher. Avant d’ajouter : « Je me dis qu’il ne faudrait vraiment qu’il m’arrive une bricole parce que ça a l’air d’être un lieu difficile, en tout cas un lieu qui les transforme. » Samuel Gautier va, lui, plus loin : « C’est un lieu, qui déresponsabilise, qui infantilise. À la ferme de Moyembrie, ils réapprennent à être responsables et à être des individus comme les autres. »

Dans la salle du cinéma l’Ermitage à Saint-Gobain, où 260 personnes ont rempli les rangs mardi soir, le film touche à sa fin. Et les applaudissements retentissent. Deux fois.

Source : L'Union